Le cap symbolique du million d’apprentis reste franchi en France, avec 1 017 493 contrats en cours fin 2025. Mais derrière cette façade flatteuse, la rentrée de l’alternance révèle un marché à deux vitesses : les formations supérieures s’effondrent quand les niveaux bac progressent nettement. En cause, une réforme des aides à l'embauche entrée en vigueur au printemps 2026.

Un marché de l’alternance qui se polarise

Selon les derniers chiffres de la Dares, l’apprentissage supérieur (BTS, licence, master) a chuté de 16,4 % à fin mai 2026 par rapport à 2025, avec seulement 31 100 contrats signés. À l’inverse, l’apprentissage de niveau CAP ou bac professionnel progresse de 7,7 %, avec 48 800 contrats sur la même période. Un basculement net après plusieurs années de croissance quasi ininterrompue pour tous les niveaux de diplôme.

Le baromètre trimestriel de JobTeaser confirme cette tendance côté recrutement : les offres actives en alternance reculent de 2 % au premier semestre 2026, alors même que les candidatures progressent de 15 %. Un paradoxe qui traduit surtout un déséquilibre grandissant entre l’appétit des jeunes pour l’alternance et la capacité des entreprises à en financer les contrats les plus qualifiés.

La réforme des aides, moteur du basculement

Ce retournement n’a rien d’un hasard conjoncturel. La réforme du barème des aides à l’apprentissage, entrée en vigueur le 8 mars 2026, a introduit un barème différencié selon le niveau de diplôme : une entreprise de moins de 250 salariés perçoit désormais 5 000 € pour l'embauche d’un apprenti préparant un bac, contre seulement 2 000 € pour un contrat de niveau bac+3 à bac+5. À cela s’ajoute une participation obligatoire de 750 € facturée par le centre de formation pour les cursus du supérieur.

Résultat concret pour les employeurs : recruter un alternant en master devient quasiment neutre financièrement, quand un contrat en bac professionnel continue de rapporter environ 2 000 € net à l’entreprise. Les pouvoirs publics présentent ce recentrage comme une réussite, en cohérence avec l’objectif affiché de prioriser les niveaux de qualification les moins élevés. Les centres de formation du supérieur et certains établissements dénoncent au contraire une déstabilisation de sections entières, bâties sur un modèle économique aujourd’hui obsolète.

Ce qui change pour les jeunes en recherche de contrat

Pour les étudiants visant un diplôme de niveau bac+3 et au-delà, la conséquence directe est un allongement de la recherche de contrat et une concurrence accrue sur un nombre d’offres réduit. La question du logement étudiant se pose d’ailleurs avec d’autant plus d’acuité quand la signature du contrat d’alternance tarde à se concrétiser. Certains établissements misent sur des formats hybrides, à l’image du coworking appliqué à l’enseignement, pour maintenir l’attractivité de leurs cursus malgré la baisse des financements.

Le secteur qui recrute le plus reste, comme les années précédentes, la restauration, suivie du commerce de proximité. Ces filières concentrent l’essentiel des offres de niveau CAP et bac professionnel, celles justement favorisées par le nouveau barème. Plus largement, cette rentrée s’inscrit dans un climat économique tendu pour les familles, entre coût croissant de la rentrée scolaire et incertitude sur les débouchés post-bac.

Points clés à retenir

  • 1 017 493 apprentis en contrat fin 2025, un niveau historique malgré le ralentissement.
  • Apprentissage supérieur : -16,4 % d’entrées à fin mai 2026.
  • Apprentissage bac/CAP : +7,7 % sur la même période.
  • Réforme des aides du 8 mars 2026 : barème réduit de moitié pour les niveaux bac+3 à bac+5.
  • Restauration et commerce de proximité restent les premiers secteurs recruteurs.

Ce rééquilibrage, voulu ou non par l’exécutif, redessine durablement la carte de l’emploi et de la formation en France. Il pèsera aussi sur les arbitrages budgétaires des entreprises, un enjeu suivi de près du côté de l’économie nationale dans les mois à venir.

Questions fréquentes

Pourquoi les contrats d’alternance dans le supérieur reculent-ils autant ?

Principalement à cause de la réforme du barème des aides entrée en vigueur le 8 mars 2026, qui réduit fortement la subvention versée aux entreprises pour un apprenti de niveau bac+3 à bac+5, tout en imposant une participation de 750 € au centre de formation.

Tous les niveaux d’apprentissage sont-ils touchés de la même façon ?

Non. Les contrats de niveau CAP et bac professionnel progressent de 7,7 % à fin mai 2026, car ils restent les mieux financés par le nouveau barème, contrairement aux formations du supérieur qui reculent de 16,4 %.

Le nombre total d’apprentis en France reste-t-il élevé ?

Oui, la France comptait 1 017 493 contrats d’apprentissage en cours fin 2025, un niveau supérieur à l’objectif du million fixé par l’exécutif, même si le rythme des nouvelles signatures ralentit nettement depuis 2025.

Sources

Centre Inffo — Formation Professionnelle Mag — HelloWork

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